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calligraphie chinoise

L'écriture chinoise

par Pierre Wittmann

J'ai toujours été fasciné par l'écriture chinoise. Il y a une quinzaine d'années, j'avais trouvé un petit livre pour apprendre à écrire le chinois, sous forme de bandes dessinées. Et je m'étais attelé à la tâche. J'adorais ça et j'en faisais une heure tous les matins et souvent davantage. Après avoir fini le premier tome, je me suis procuré les deux autres pour continuer mon étude, puis je suis passé à des livres de chinois plus sophistiqués. J'ai ensuite fait un séjour de plusieurs mois à Séoul, en Corée, pour suivre une école de calligraphie. Les Coréens, bien qu'ils possèdent maintenant leur propre alphabet, ont utilisé pendant des millénaires l'écriture chinoise ; ils l'utilisent encore pour certains écrits, tout comme les Japonais. Plus tard, j'ai étudié la calligraphie à Taiwan. Puis j'ai suivi des cours de chinois, mais je ne suis jamais parvenu à le parler couramment.

Ce qui me fascine dans l'écriture chinoise, c'est qu'elle est composée d'idéogrammes, et non de lettres phonétiques comme nos langues occidentales. Chaque signe est une petite image qui, à l'origine, représentait graphiquement l'objet désigné par l'idéogramme. Avec le temps, ces dessins se sont stylisés pour devenir les idéogrammes que nous connaissons. Les premières traces de l'écriture chinoise datent de plus de cinq mille ans ; et les caractères utilisés aujourd'hui se sont stabilisés il y a environs trois mille ans. Il faut noter qu'un système d'idéogrammes simplifiés a vu le jour après la révolution chinoise au début du vingtième siècle. C'est celui qui est employé de nos jours en Chine populaire, alors que les idéogrammes traditionnels sont toujours utilisés à Taiwan et par les Chinois d'outre-mer.

La caractéristique d'un idéogramme est qu'il est un signe sémantique sans valeur phonétique propre. Comme le sont nos chiffres. Lorsqu'on écrit le chiffre 6, il signifie « 6 » aussi bien pour un Français que pour un Suédois ou un Mexicain, pourtant chaque langue lui attribue une valeur phonétique spécifique et le prononce différemment. C'est ce qui se passe avec les idéogrammes chinois. Cela a permis à tous les peuples variés de l'immense empire chinois – et à certains pays voisins comme la Corée, le Japon et le Vietnam – d'employer la même langue et la même écriture, chacun utilisant sa prononciation particulière.

Ce que j'aime dans l'écriture chinoise, c'est que chaque idéogramme est comme une petite peinture. D'ailleurs, le chinois s'écrivait traditionnellement avec un pinceau et de l'encre, même si aujourd'hui les feutres et les stylos à bille ont remplacé les pinceaux. La calligraphie chinoise, qui a conservé les techniques traditionnelles, est toujours pratiquée par de nombreux adeptes en Chine, au Japon et en Corée. C'est un art à part entière, qui possède ses périodes, ses styles, ses maîtres et ses chefs-d'œuvre.

Le dessin de chaque idéogramme répond à des règles bien précises, qui concernent en particulier l'ordre et le sens dans lequel les différents traits sont tracés et leur composition harmonieuse et équilibrée dans un carré fictif. Traditionnellement, le chinois s'écrit de haut en bas et de droite à gauche. Le texte est donc formé de colonnes d'idéogrammes et non de lignes, et un livre chinois commence par ce que nous considérons comme la dernière page.

Chaque idéogramme est complet en lui-même et a un sens propre. Il correspond à un mot. Il est, par contre, composé souvent de plusieurs parties, qui sont elles-mêmes des idéogrammes plus simples, qu'on appelle des clés. Il y en a environ deux cents clés, qui constituent les idées de base du langage, comme l'homme, l'eau, le bois, le soleil, la lune, etc. Tous les autres idéogrammes sont composés. L'idéogramme qui signifie « brillant », par exemple, contient la clé « soleil » accolé à la clé « lune ». Certains idéogrammes comporte trois, quatre ou même davantage de clés.

La langue chinoise classique compte plus de cinquante mille idéogrammes différents. Mais la langue de tous les jours n'en utilise qu'environ trois mille ; et mille idéogrammes suffisent pour lire un journal. À chacun de ces cinquante mille idéogrammes correspond une prononciation phoné­tique spécifique, qui, en chinois, est toujours monosyllabique (ce n'est pas toujours le cas en japonais). Comme il n'existe pas cinquante mille sons monosyllabiques différents, il y a de nombreux homonymes. Mais comme le chinois est une langue tonale, chaque son peut se prononcer sur quatre tons différents.

Dans la langue chinoise moderne, la plupart des idées, des mots, sont composées de deux idéogrammes – parfois trois ou quatre – le deuxième idéogramme raffinant le sens du premier. L'idéogramme « descendre », par exemple, lorsqu'il est suivi de l'idéogramme « pluie », signifie « pleuvoir ».

Une des difficultés des langues non alphabétiques est de classer et de retrouver les mots dans des listes, comme les dictionnaires et les annuaires. Le système utilisé dans les dic­tionnaires chinois est de classer les mots selon leur clé principale. Tous les mots qui contiennent cette clé sont placés ensemble ; ils sont alors classés selon le nombre de traits qu'ils comportent. S'il y a, par exemple, trente idéo­grammes comportant la clé « soleil », chacun formés de dix traits, il faudra en lire toute la liste pour trouver le mot recherché. Cette méthode est assez déroutante pour le débutant.

L'étude de la langue chinoise est un bon moyen de découvrir l'histoire, la culture et la pensée de la Chine à travers son écriture. Comme nous découvrons l'Antiquité à travers l'étude du latin et du grec. La Chine est le pays le plus peuplé du monde, avec plus d'un milliard deux cent millions d'habitants. C'est un pays en pleine expansion. D'impor­tantes communautés chinoises existent dans toutes les régions du monde. Elles sont très prospères et contrôlent l'économie et le commerce de la plupart les pays d'Extrême-Orient. Les Chinois d'outre-mer constitueraient la première puissance financière mondiale.

Pour un artiste, l'attrait de la calligraphie chinoise est qu'elle unit de façon indissociable la beauté de la forme à sa richesse sémantique.

 

Ce texte est un chapitre du livre de Pierre Wittmann, Le guide du bonheur pour le troisième millénaire.