la fin du monde

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La fin du monde

« Stillness »

Le son du silence

La nature de l'esprit

L'émerveillement

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546 Samadhi

La fin du monde

Né d’un imaginaire et déployé par l’élucubration compulsive d’une histoire, le monde se résorbe dans le pressentiment extra-sensoriel du silence et de la tranquillité du sans-forme

« Stillness »

par Pierre Wittmann

Comme j'ai surtout étudié la spiritualité en anglais, certains concepts sont liés, pour moi, à des mots anglais, et j'ai de la peine à trouver un équivalent français qui exprime la même connotation. Par exemple, le mot stillness. Lorsque j'essaie de le traduire, le dictionnaire me donne quatre mots français : immobilité, calme, tranquillité, silence. Ces quatre mots, qui ne sont pas des synonymes – sauf peut-être calme et tranquillité dont les sens sont très poches – qualifient différents aspects que je perçois dans le sens de stillness. La notion de stillness se réfère à l'expérience méditative et s'applique aux différents niveaux du corps, de la parole et de l'esprit. La stillness du corps est l'immobilité ; celle de la parole, le silence ; et celle de l'esprit, le calme ou la tran­quillité.

J'adore consulter mes nombreux dictionnaires, en parti­culier le Petit Robert, pour trouver le sens précis des mots, leurs synonymes et leurs antonymes, leurs racines étymo­logiques, ainsi que des exemples de leur usage et des citations. Pour calme, je trouve : « 1° État d'immobilité de l'atmosphère, de la mer. 2° État de ce qui ne change pas brusquement ou radicalement ; impression de repos qui en résulte ». Pour tranquillité : « 1° État stable, constant, ou modifié régulièrement et lentement. 2° Stabilité morale, état tranquille (tranquille signifiant ici : « qui éprouve un sentiment de sécurité, de paix ») ; ordre, paix dans les rapports humains, dans une société. »

Il semble donc que calme indique plutôt une impression de repos, et tranquillité un sentiment de paix. Parmi les synonymes de calme et de tranquillité, ceux qui participent au sens que je donne à stillness sont : paix, sérénité, repos, quiétude, impassibilité, équanimité, stabilité, équilibre.

Ayya Khema, qui fut mon maître de méditation jusqu'à son décès en 1997, parlait de la recherche du stillpoint, du point d'immobilité, de calme, de tranquillité, de silence, à l'intérieur de soi, au plus profond du cœur. Ce point est non seulement le centre de notre être, mais le centre du monde, de l'univers qui nous entoure, projection illusoire de notre esprit conceptuel et dualiste. Ce stillpoint, comme le moyeu d'une roue, est immobile, et les dix mille choses du samsara, de l'existence conditionnée, tournent inlassablement autour de lui.

Trouver ce point tranquille, c'est échapper à la ronde infernale de la naissance, de la souffrance, de la mort et de la renaissance. C'est aussi le point d'équanimité, où toutes les circonstances du monde, le bonheur et le malheur, le plaisir et la douleur, l'espoir et la peur, le gain et la perte, le succès et l'échec… ne perturbent plus notre calme intérieur. Les phénomènes mondains sont perçus pour ce qu'ils sont : des illusions, des mirages, des rêves… un film sans fin, plein de couleurs chatoyantes, de paysages variés, de passions, d'in­trigues et de romances, projeté sur l'écran de notre esprit conceptuel. Le stillpoint, par contre, c'est quand le film a disparu, c'est l'écran vide et lumineux de notre esprit éveillé.

Dans la voie méditative, on rencontre la tranquillité de l'équanimité dans la quatrième absorption, lorsque l'agitation subtile et décroissante des caractéristiques des trois premières absorptions – la béatitude, la joie et le contentement – s'est complètement apaisée, et que l'esprit a retrouvé l'état de stillness, semblable à l'eau d'un puits profond.

 

 

673 Motif de lumière

Le son du silence

par Pierre Wittmann

Une de mes plus profondes expériences spirituelles a toujours été celle du silence. En particulier lors des retraites de méditation. Rester pendant dix, quinze jours, ou davan­tage, sans parler, mais aussi sans écrire et sans lire. Parler provoque de fortes turbulences mentales et émotionnelles. Dans le silence, ces turbulences s'apaisent, comme les vagues à la surface d'un lac ; et l'esprit se calme, devient immobile. Trouver le silence intérieur est un des grands bienfaits de la méditation.

Dans la vie mondaine, l'esprit est toujours actif, les pensées et les émotions s'enchaînent sans cesse, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La conscience du rêve succède à celle de la veille. Le silence des pensées, c'est la paix, le vide, le repos. Parler demande beaucoup d'énergie. Dans le silence, nous pouvons utiliser cette énergie pour la concen­tration et la contemplation ; nous n'avons alors besoin que de quelques heures de sommeil. L'artiste utilise l'énergie du silence pour créer. Cette énergie fortifie et régénère notre corps et notre esprit. Elle repose non seulement notre esprit, mais toutes nos cellules.

Lorsqu'on sort de dix jours de silence, on se rend compte de l'influence stressante du bruit, comme lorsqu'on revient en ville après un séjour à la montagne, à la campagne ou à la mer. Vivre dans un endroit tranquille et silencieux, surtout la nuit, est un grand privilège, et a un effet très bénéfique sur notre santé physique et mentale. Mais le plus grand bienfait est le silence intérieur. Il est indépendant du silence extérieur. C'est un état qui se cultive, en particulier par la méditation. Il permet, même au milieu du plus grand tumulte, de regagner un havre de silence et de paix à l'intérieur de son cœur.

Le plus grand tumulte n'est souvent pas le bruit extérieur, mais nos propres pensées. C'est leur bavardage incessant qu'il faut apprendre à faire taire. Dans le vide qui survient alors, on entend le son du silence, la musique des anges, une vibration éthérée qui vient d'une autre dimension. C'est le son de notre essence, de notre âme, de notre être multi­dimensionnel. Le silence est le lien qui nous permet de nous souvenir, de retrouver qui nous sommes ; et de rejoindre notre vraie demeure…

 

 

812 Ombre et lumière

La nature de l'esprit

par Pierre Wittmann

Nous avons tous une certaine idée de ce qu'est la nature de la réalité. Nous imaginons l'univers, et sa création – il y a quelques milliards d'années – dans une grande explosion, le big bang. Puis son évolution, depuis l'atome d'hydrogène – formé d'un proton de charge positive et d'un électron de charge négative, origine de la dualité –, jusqu'à la complexité du cerveau humain – siège de l'intelligence dont l'homme est si fier qu'il s'imagine qu'elle est le summum de la création. On peut sérieusement en douter lorsqu'on voit l'usage qu'il en fait.

Cette croyance et ce modèle de l'univers sont basés sur la science actuelle, qui est un des moyens pervers de maintenir l'homme dans l'ignorance de sa vraie nature afin de mieux le manipuler. La réalité – telle qu'elle est perçue par les sages – nous montre que la vérité est exactement le contraire de la théorie scientifique. L'intelligence suprême, ou sagesse primordiale, est à l'origine – elle précède même toute idée d'origine – et elle est vide de toute référence dualiste ou conceptuelle. Elle est. C'est elle qui a engendré la dualité et les dix milles choses matérielles – qui ne sont que ses mani­festations les plus grossières.

L'intelligence humaine croupit, pour l'instant, au niveau de ces denses manifestations et elle ressemble à l'abrutisse­ment de l'ignorance. Rares sont ceux qui se sont éveillés de cette torpeur et ont perçu la vraie nature de la réalité, claire, pure et bienveillante. Pourtant, cette nature lumineuse existe en chacun de nous, et en toutes choses. Elle a toujours existé et existera toujours, car elle est au-delà de l'illusion du temps linéaire. C'est la nature de l'esprit.

Ce terme désigne notre essence spirituelle, liée à la sagesse primordiale et illimitée de la vacuité. Par opposition à notre mental, ou esprit ordinaire, qui est lié à l'intelligence limitée de notre cerveau matériel. La clarté de la nature de l'esprit est cependant voilée par les perceptions dualistes et concep­tuelles de l'esprit ordinaire. L'ignorance, ou illusion, est de prendre ces perceptions, qui comprennent tous les objets et phénomènes que perçoivent nos sens – c'est-à-dire le monde dans lequel nous vivons –, pour la réalité absolue.

Le monde n'est qu'une réalité relative, une manifestation ludique et illusoire produite par la réalité absolue, la vacuité, qui est enceinte de la potentialité de toute manifestation. Ce monde que nous percevons comme réel et solide n'est qu'un rêve dont notre mental projette les images holographiques. Nous nous identifions à ces images et nous souffrons des désirs et des craintes qu'elles éveillent en nous. Nous ne réalisons pas leur nature éphémère et changeante. Elles sont insaisissables et, pourtant, nous essayons sans cesse de les saisir. Nous nous créons ainsi un monde de stress et de frustration, au lieu de rester dans la paix, le silence et la lumière de l'incréé…

 

 

720 Rayon de lumière

L'émerveillement

par Pierre Wittmann

L'émerveillement est une émotion produite par une perception accompagnée d'étonnement et d'admiration. L'émerveillement provoque un profond sentiment de joie. C'est le cœur qui perçoit, et non le mental. Il n'y a pas de jugement, de concept, de dualité dans l'émerveillement. C'est une émotion chaleureuse, produite par le spectacle qui s'offre à nos sens. Sans idées préconçues, sans références à des expériences du passé, la perception est complètement pure, nouvelle, innocente, authentique. Les enfants sont souvent émerveillés par ce qu'ils découvrent pour la première fois. Les adultes le sont plus difficilement, car ils ont déjà tout vu, il sont blasés. Ils ont des attentes, des exigences, des préjugés, et ils sont déçus.

L'émerveillement demande un petit effort, il se mérite. Il faut oublier tout ce qu'on a déjà vu ou expérimenté et changer sa façon de percevoir, jeter un autre regard sur les choses ou leur prêter une autre oreille. Dans la vie quoti­dienne, nous percevons rarement les choses telles qu'elles sont. Notre mental, une fois qu'il les a reconnues, les re­couvre automatiquement d'une étiquette conceptuelle qui ne correspond pas à la réalité, les classe sans s'y attarder. Le cœur n'intervient pas dans ce processus, c'est pourquoi il n'y a pas d'émerveillement. Mais lorsque nous arrivons à déconnecter le mental et à percevoir avec le cœur, une tout autre image apparaît.

Je suis très sensible à l'émerveillement produit par les images visuelles, parce que je suis un peintre, mais il n'est pas limité au sens de la vue. Tous les objets des sens peuvent nous émerveiller, les sons, les odeurs, les goûts, les sensations physiques et les idées. Le mental, lui aussi, malgré ses ten­dances à la logique et à la raison, peut sortir de sa froideur et avoir des émotions, par exemple lorsqu'il a une idée géniale. En réalité, toutes les perceptions des sens et toutes les idées sont géniales et merveilleuses. Elles sont magiques et miracu­leuses, quand nous prenons le temps de les percevoir vrai­ment, c'est-à-dire d'être présents à nos perceptions.

Le simple fait de percevoir, de voir, d'entendre, de sentir, de goûter, de toucher, d'avoir des idées – et d'être conscient de ces perceptions – est une raison de s'émerveiller. La difficulté est de rester dans le moment présent et d'être attentif à ces perceptions. Si nous faisons l'effort de regarder vraiment quelque chose, même quelque chose que nous voyons tous les jours, nous nous apercevrons que nous ne l'avons peut-être jamais véritablement regardé. Ce que nous percevons habituellement est une image mentale approxima­tive et stéréotypée, mais pas la réalité.

La perception directe nous montre tous les détails de l'objet, son individualité propre, son apparence changeante, et aussi son essence immuable. La séparation entre l'objet et l'observateur disparaît, et nous devenons cet objet, car nous faisons partie d'un même tout omniprésent. En même temps que nous percevons les objets, nous nous percevons nous-mêmes, nous découvrons notre vraie nature, ce que nous sommes vraiment. Nous découvrons le monde, l'univers, la vie… et cette réalisation est un émerveillement. Devant cette vision, la joie nous envahit et nous transporte dans un autre niveau de conscience, dans une autre dimension, où tout est beauté, pureté, harmonie, amour.

Tous les phénomènes répondent à un ordre immuable, à une intention parfaite et indéniable. Les anciennes traditions parlent du royaume des perceptions pures. Qu'est-ce qui nous empêche d'y séjourner en permanence ? Simplement notre façon de percevoir. La perception dualiste et concep­tuelle du mental nous conduit à juger la réalité et à vouloir la manipuler pour la conformer à nos désirs, au lieu de l'accepter telle qu'elle est. Elle est la cause de la frustration, de l'avidité, de l'aversion et de tous nos problèmes et nos souffrances. La pure perception du cœur, par contre, nous permet d'accepter les choses telles qu'elles sont avec émer­veillement, joie et gratitude. Elle est la cause de la paix, du contentement et de la bienveillance. C'est à nous de choisir…

 

Ces textes sont extraits du livre de Pierre Wittmann, Le guide du bonheur pour le troisième millénaire.